19 août 2008
Pourquoi les universités sont des abattoirs
Finkielkraut défend l'idée qu'il doit y avoir de la sélection, qu'il faut mettre fin à la démagogie à l'école. "Pourquoi déniez-vous le droit à la réussite pour tous ?" demande alors le plumitif de Libération.
Quel rapport entre "sélection" et "refus du droit à la formation pour tous" ? Le fait que chacun puisse réussir n' implique pas du tout qu'il n'y ait pas de sélection ! Au contraire. Il y a toujours une sélection à partir du moment où il y a un nombre de postes limités (à la fac, sur le marché du travail...) et un grand nombre de candidats. La sélection des meilleurs et la promotion de tous ne sont pas des principes antinomiques.
La sélection est la chance des pauvres. Leur seule chance en fait.
18 juillet 2008
Force et faiblesse de l'esprit européen
La thèse de Mattei, selon laquelle la force de la culture européenne vient de la conscience aigüe du relativisme de toute culture, est intéressante mais paradoxale et discutable.
Certes, un homme conscient de la relativité de ses convictions est plus lucide qu'un individu qui croit dur comme fer à ses idées sans penser qu'elles sont discutables et limitées à un lieu et à une époque. De même, toute culture étant définie par un ensemble de valeurs, l'Europe serait supérieure par la conscience de la relativité de toute valeur.
Mais cette thèse a des limites : de quel point de vue la culture européenne est-elle supérieure ? On n'est jamais supérieure dans l'absolu, on n'est supérieur que d'un certain point de vue (supériorité économique, militaire, morale) ou du point de vue de la conscience (capacité à prendre du recul par rapport à nos perceptions ou nos idées et donc à voir qu'elles sont limitées et relatives)... ce qui est le propre de la culture européenne !
Je veux simplement dire que la conscience du relativisme, l'esprit critique - "les Lumières" - sont la valeur centrale de la culture européenne, alors que pour une autre culture la valeur centrale sera la force brute par exemple, et qu'elle s'estimera supérieure justement sur ce point qui est sa valeur centrale !
Imaginons une culture barbare dont la valeur centrale est la force brute. Reposant sur la croyance en la seule force, cette culture va encourager la guerre à outrance et le recours systématique à la violence et elle sera sans doute, sur ce point, supérieure aux autres cultures : elle aura une armée plus aguerrie, des soldats plus motivés et elle remportera des victoires militaires. Toute culture se reconnaît dans une valeur centrale où elle excelle et elle est objectivement supérieure aux autres du point de vue de cette valeur.
De même la culture européenne met en avant l'intellect et l'esprit d'examen, donc elle encourage ces valeurs par la promotion des sciences, le financement des bibliothèques et des universités etc. Elle est donc plus forte que les autres cultures dans ce domaine, ce qui ne lui confère aucune supériorité objective. Elle est supérieure aux autres cultures du point de vue de sa valeur centrale.
L'Europe perçoit le relativisme comme une marque d'excellence sans penser que le fait de croire à la conscience est lui-même une valeur toute relative. Du point de vue de Nietzsche par exemple, la conscience critique, la capacité à questionner et à se remettre en cause sont une faiblesse et non une force et cette intuition semble corroborée par des derniers développements des neurosciences.
15 juillet 2008
Mauvais bergers et troupeau aveugle
Plus je repense aux idéologies à la mode (antiracisme angélique, démocratisation à outrance du système scolaire, 80% au bac, anticapitalisme naîf et primaire etc.), plus je bouillonne de rage car ces idéologies ont vraiment été des opiums du peuple et n'ont absolument pas servi ceux qu'elles étaient censé défendre, au contraire !
Pour ceux qui les prônent, ces idéologies ne sont que des fonds de commerce politique.
15 juin 2008
L'Union fait la force
Pourquoi est-ce si difficile de convaincre les peuples de construire l'Europe ? Les choses paraissent pourtant simples : les États-nations n’ont plus la taille suffisante pour faire face à des défis devenus planétaires ; l’avenir est aux grands ensembles continentaux, qui seuls peuvent jouer un rôle de régulation par rapport à la globalisation. Autrement dit, si les peuples d'Europe veulent peser sur les affaires du monde, ils doivent s'unir. Il n'y a pas d'autre voie de salut. Car, qui ne voit que nos valeurs, notre civilisation, notre mode de vie sont aujourd'hui menacés ?
La Chine, l'Inde, les États-Unis, le Brésil, la Russie, l'Australie sont des pays-continents, tandis que l'Europe est morcelée à cause de sa géographie : il suffit de regarder la carte pour comprendre que les îles, les péninsules, les chaînes de montagnes, les fleuves, les climats ont de tous temps favorisé l'émiettement politique, pour ne pas dire la balkanisation. Les tentatives pour unifier l'Europe se sont brisés sur ces réalités physiques et les guerres civiles ont accéléré le déclin. Pourquoi les journalistes et les hommes politiques sont-ils incapables d'expliquer ces choses simplement ?
09 juin 2008
La répudiation
Par delà les arguties juridiques, considérons le fond de l'affaire de ce mariage annulé. Nous assistons - sous la pression communautariste- à la tentative d'introduire dans notre droit républicain une coutume archaïque et étrangère à notre culture démocratique : la répudiation.
Définition : Rupture du mariage par la volonté unilatérale de l'époux, abandon de la femme par son mari pour un motif obscur ou sans motif. Autrement dit, l'époux est exonéré de son devoir d'aide et d'assistance à sa femme, laquelle n'a plus aucun droit. Elle est entièrement soumise au caprice tyrannique de son mari, c'est-à-dire réduite en esclavage.
En France, et en 2008, c'est le retour de l'antique barbarie.
07 juin 2008
Idiots utiles
J'approuve les propos de Dominique de Villepin sur la vacuité des médias, dont le contenu s'apparente à la pâtée pour chat. Le fait est qu'on apprend pas grand chose en parcourant la presse. Ce n'est pas dans les pages des journaux qu'on va découvrir la vérité sur la vie et le monde, mais par l'expérience.
Quand à "l'esprit de cour" qui règne en France à l'égard de tous les pouvoirs et de tous les contre-pouvoirs, il s'agit bien d'une tradition nationale calamiteuse. Au lieu de flatter les puissants du jour, les journalistes seraient mieux inspirer d'éclairer l'opinion sur les grands enjeux de l'époque, de façon à ce que les citoyens puissent agir et choisir en connaissance de cause. Mais en ont-ils la capacité ?
On voit bien que la presse elle-même est manipulée et instrumentalisée par ceux qui savent s'en servir pour défendre habilement leurs intérêts et qui spéculent sur l'ignorance et la naïveté des journalistes.
06 juin 2008
Sympas les routiers ?
Je voudrais dire ici tout le mal que je pense d'une corporation qui menacent de bloquer le pays tout entier pour obtenir le droit de continuer à pollluer l'air et l'espace. Le lobby automobilistique a fait suffisamment de dégâts en France depuis des décennies. Qu'il revendique le statu quo de manière éhonté et sans aucun souci de l'intérêt général - qui commande à l'évidence un report massif et rapide du fret sur le rail - me révulse.
Je suggère à ces poltrons d'autres formes de protestation, moins polluantes et plus efficaces que les opérations escargots. Allez donc empêcher les courses de bagnoles et le gaspillage de carburant qui en résulte ! Faites pression sur les constructeurs pour qu'ils mettent sur le marché des véhicules propres ! Exigez des pouvoirs publics le développement du ferroutage ! Vous agirez ainsi dans le sens du bien commun et vos revendications seront soutenues par l'ensemble des citoyens, lesquels vous tiennent aujourd'hui en piètre estime.
05 juin 2008
Exporter la démocratie
Les croisades pour la démocratisation du monde m'ont toujours laissé dubitatif. La Chine, la Russie, l'Afrique, le monde arabo-musulman n'ont que faire de ce produit d'importation. Les peuples de ces pays ne demandent rien aux illuminés qui rêvent d'introduire chez eux cette boîte de pandore. Qu'on les laisse vivre sous le régime de leur choix et tant pis s'il ne convient pas aux étrangers !
Vouloir imposer le multipartisme, la publicité politique et les farces électorales à des gens qui n'en ont que faire relève de l'inconscience et de la sottise. Ces redoutables billevesées ont coûté la vie à des milliers de gens, disparus dans les guerres tribales atroces qu'elles ont engendrées. Toute idée fausse finit dans le sang, disait Camus, mais il s'agit du sang des autres. C'est ce qui explique que certains se sentent à l'aise pour dire n'importe quoi.
On doit dans ce domaine agir avec modestie et circonspection en tenant le plus grand compte des situations locales et des mentalités. La Chine n'est pas la Suisse. Il faut se rendre à l'évidence : les peuples préfèreront toujours - avec raison - l'ordre injuste assuré par un despotisme éclairé à la guerre civile, qui est comme chacun sait le pire des maux.
Bien entendu, des évolutions sont possibles et souhaitables, mais chaque peuple suit son propre chemin, à son rythme, en fonction de son histoire, de sa psychologie, de sa culture. À vouloir brusquer les choses, on ne fait que provoquer des crispations et des replis identitaires.
01 juin 2008
Vive la crise !
Pourquoi se lamenter sur la fin d'un monde qui au fond ne mérite pas tant de regrets ? Quelle importance si les grands prix de formule 1 et les rallyes sont annulés faute de carburants ? Pour divertir le bas peuple, on organisera à la place... des courses de chiens ! Quelle importance si moins de bagnoles encombrent nos routes et les rues de nos villes ? Finis les embouteillages et la pollution ! La belle vie ! On pourra respirer à plein poumons. Enfin ! Et qu'importe si la crise porte un coût fatal au tourisme de masse ? La belle affaire ! C'était une catastrophe planétaire. Bon débarras !
Que des bonnes nouvelles donc ! Le monde va changer et en mieux ! Réjouissons nous , c'est la fin de l'époque des trente pouilleuses, la fin d'un triste monde - pas la fin du monde. On va investir dans l'innovation, changer de style de vie, réapprendre à vivre dans une ville attrayante.
On dit que la crainte de Dieu est le début de la sagesse. Et si la peur de manquer était un stimulant pour la formidable créativité humaine ?
31 mai 2008
La classe
Je me réjouis que le film-catastrophe sur l'Éducation Nationale ait été primé à Cannes. Entre les murs sortira à la rentrée et sera vu par des milliers de gens qui découvriront l'ampleur du désastre. Ils verront comment fonctionne au quotidien un collège de France. Les pontes syndicaux et politiques, qui sont grandement responsables de l'effondement du système, ne pourront plus s'en tenir à la langue de bois habituelle. La vérité sera connue de tous et le débat public pourra enfin avoir lieu. Restera à trouver le moyen de sortir de l'ornière et ce ne sera pas facile tant le mal est profond.
Il faut dire que l'école subit de plein fouet le contre-coup du délitement de la société. Le matérialisme hédoniste et consumériste de l'époque est aux antipodes des exigences éducatives. En tant que parents, il faut faire preuve d'héroïsme pour résister au laisser-aller général. L'environnement n'est pas du tout porteur. Tout est fait au contraire pour étouffer le développement de l'intelligence des enfants.











